26 et 27 mars 2010

Le groupe Penser la théorie en collaboration avec Figura - Centre de recherche sur le texte et l’imaginaire, organise le colloque international et pluridisciplinaire : L’envoûtement. Principes du processus figural.

Invités : 

  • Mme Évelyne Grossman, professeure à Paris Diderot – Paris 7 et présidente du Collège international de philosophie 
  • M. Daniel Vaillancourt, professeur à l’Université de Western Ontario. 


Descriptif du colloque 


L’envoûtement est un élément important du processus figural.  Il rend compte d’un attrait, d’une domination irrésistible, quand le sujet ne parvient à se déprendre de ce qui l’ensorcelle. L’envoûtement vient briser la pensée. Il est une irruption. Quelque chose s’impose qui révolutionne les manières de penser et de voir, qui engage une nouvelle épistémè. Les figures suscitent parfois un tel envoûtement. Ce sont des « éléments secondaires de l’être pensant » qui l’habitent et le fascinent à certains moments tout comme elles le quittent à d’autres (Simondon). Penser l’envoûtement par la figure consiste à penser une force et son pouvoir par-delà le rationnel et le raisonnable. Il conduit à quitter les territoires connus pour explorer des espaces incertains où aucune garantie n’est offerte à la pensée. L’imaginaire se développe à partir de tous les segments de l’expérience humaine (Wunenburger). Quelle serait cette expérience appropriée pour l’envoûtement, sinon celle du charme ? Il opère en faisant de la rencontre avec une figure un moment de grâce où toute barrière élevée contre le plaisir (et le danger) d’une séduction légère est ignorée. Mais, une figure investie envoûte-t-elle toujours celui qui la contemple ? 


Se laisser envoûter signifie pouvoir être touché. L’affect, souvent analysé en rapport avec le pathos (Kant), incarne cette capacité et présuppose une ouverture à la figure, voire même un désir d’être touché par celle-ci. Mais la question se pose : de quel côté évolue l’envoûtement par la figure, du côté de l’affect ou de la passion ? S’il évolue du côté de la passion, il tente de laisser l’être sans aucune ressource, de l’asservir tout simplement. S’il évolue du côté de l’affect, il présuppose la transpassibilité par la figure, c’est-à-dire l’accueil d’une possibilité qui nous excède. La figure ouvre l’être à ce qui le dépasse et le transcende, et permet de renouveler le contrat avec l’imaginaire en se faisant « figure-pensée ». C’est une « inquiétante étrangeté » qui mène là où personne n’est plus maître de rien et qui fait agir sur le terrain de l’illusion en laissant croire à des chimères. 


Le charme de la figure serait-il une périlleuse chimère qui brûle et dévore le malheureux qui ose l’approcher ? À quel moment l’envoûtement relève-t-il de l’angoisse, de « l’angoisse de penser » (Grossman) ? Quel rapport au texte l’envoûtement par la figure présuppose-t-il ? Exige-t-il toujours une présence ou se dévoile-t-il plutôt à travers une absence ? Est-il dialogue secret des textes, voire des disciplines ? L’envoûtement par la figure n’est jamais une obligation. Il nous appelle sans jamais nous forcer la main. Accepter de suivre les figures qui nous envoûtent et en faire des fils conducteurs à ne jamais perdre signifie ne pas nous laisser mourir, mais continuer de nous élever et de penser. 


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