Département dʼhistoire de lʼart et dʼétudes cinématographiques
Université de Montréal
Climatologie de l'art. Dialogue entre les arts visuels, la philosophie,
la littérature, lʼhistoire de lʼart, lʼarchitecture et le climat
Loin dʼêtre exclusive au champ scientifique, la question des changements climatiques imprègne lʼimaginaire contemporain dans son ensemble et suscite le débat dans de nombreux domaines de recherche. Ce colloque entend prendre la mesure de ce phénomène actuel à partir dʼune réflexion sur les rapports quʼil entretient avec les sciences humaines et les arts visuels.
Situation actuelle
Le climat, lʼair et lʼatmosphère constituent les objets dʼun souci grandissant pour lʼenvironnement. Pour la première fois, lʼhumanité prend conscience de son influence sur le climat : les récentes spéculations sur le réchauffement de la planète ont montré, en effet, que les changements climatiques sont dʼorigine anthropique. Ainsi, jusquʼà la fin du XXe siècle, le ciel et les nuages étaient simplement là. Ils faisaient partie du décor et rien ne justifiait quʼon les considère avec plus dʼattention. Avec la constatation contemporaine apparaît lʼidée que le ciel est percé, les être humains ne bénéficiant plus dʼune protection cosmique sous le firmament. Lʼémergence de cette nouvelle sphère du visible invite, dès lors, à une réévaluation des cadres culturels dans lesquels se pense lʼhistoire du regard.
Historique
La gestion de lʼatmosphère a toujours été un élément politique de haut niveau pour la pensée judéo-chrétienne. Les exemples de rituels impliquant la manipulation de lʼair ne manquent pas : ce sont les processions, les murs de peste, la disposition de cierges autour des villes en période dʼépidémie, mais aussi les feux de rues et la «radioactivité» du corps des saints et des reliques qui fondent ces questions en lien direct avec le divin. À la Renaissance, la théorie miasmatique a élaboré une conception de la peste sur le mode de lʼinvisibilité, suggérant que les miasmes parcourent lʼatmosphère et pénètrent les objets et les corps. De nos jours, la modification du climat sert de nouveaux intérêts politiques, économiques et médiatiques, comme lʼa révélé le contrôle des conditions météorologiques lors des récents Jeux Olympiques de Pékin.
Dans le domaine des sciences humaines, la représentation de l'atmosphère consitue, par ailleurs, un thème littéraire important, ayant marqué sur plusieurs plans lʼhistoriographie artistique et le discours philosophique. Les écrivains romantiques n'ont pas manqué de vanter les fièvres salutaires de Venise, qui apportaient à l'artiste le souffle de l'inspiration, alors que Giorgio Vasari relatait, pour sa part, le mauvais état de santé des artistes ayant quitté le bon air florentin. Les implications idéologiques véhiculées par le modèle aérien et les valeurs qui lui sont associées (infini, abstraction, invisibilité) ont dessiné des modèles intellectuels et esthétiques qu'il s'agit d'examiner dans le cadre de ce colloque.
Le rôle des arts visuels
Sans tomber dans une naïveté qui nous autoriserait à dire que les arts visuels peuvent changer le monde, nous voudrions saisir la portée de la réflexion qui accompagne le travail des artistes qui sʼintéressent à la question du climat et interroger leur capacité à prendre en charge ce phénomène planétaire au-delà dʼune attitude de piété envers lʼenvironnement. Qui sont les « élèves de lʼair » (Herder) dans le paysage artistique contemporain? Quel est le potentiel esthétique de lʼexpérience climatique et comment intervenir afin dʼen rendre manifestes les multiples variations? Lʼévidence apparente de lʼatmosphère, sa naïveté de chose donnée ne peut-elle devenir flagrante que lorsque son existence se trouve menacée?
En somme, de quelle manière lʼart peuvent-ils transformer notre perception et notre compréhension de cette réalité tout en donnant une orientation visuelle à la société?
Portée de la réflexion
Lʼinvestigation des relations entre les arts visuels et le climat se fera à travers un certain nombre de questions quʼil importe ici de préciser. Parmi les problèmes que pose la théorisation des mutations climatiques, mentionnons ses soubassements théologiques et lʼhorizon eschatologique dans lequel sʼinscrivent certains discours à teneur prophétique ou catastrophique. Le regard que nous portons sur notre environnement atmosphérique renvoie à des éléments philosophiques et religieux, mais aussi politiques, géographiques, sociaux et affectifs. La dimension quasi imperceptible du changement climatique exprime une difficulté que renforce le décalage observé entre notre champ dʼexpérience et la connaissance scientifique qui nous est transmise de lʼextérieur; entre les perceptions individuelles et subjectives dʼune part, collectives et objectives, dʼautre part. Nous devrons donc nous confronter à des questions épistémologiques essentielles, dans la mesure où la climatologie est une science non exacte. Elle élabore des modèles complexes, mais qui tiennent compte dʼapproches dont la validité et la qualité prédictive sont limitées. Prévoir le climat suppose, en outre, dʼévaluer les conséquences d'activités humaines. Une telle implication a favorisé le développement dʼun contexte de difficulté et de refus avec lequel les architectes et les artistes doivent composer. Comment ces derniers ont-ils réussi, néanmoins, à faire entendre le changement climatique en infiltrant ce nouveau champ du savoir? Comment problématiser la dimension hors humanité, les échelles de temps vertigineuses, lʼobligation de prendre en compte le passé de la terre et l'avenir sur de longues périodes? Comment sensibiliser l'opinion publique en lui dévoilant la complexité des mécanismes à lʼœuvre et l'existence de questions irrésolues?
Articulation
Accorder à lʼair lʼattention qui lui revient, tel est lʼenjeu du colloque, cela, par un nouveau procédé de mise en visibilité de lʼatmosphère et dans la perspective dʼun dialogue entre les sciences humaines, les arts visuels et les thèmes associés au climat. Cette mise en relation peut sʼeffectuer en suivant plusieurs stratégies, notamment à travers ce que nous appellerons une « néo-phénoménologie de lʼair ». En vue dʼinciter une discussion ouverte et interdisciplinaire, nous retiendrons des contributions provenant de divers horizons de recherche : principalement, de lʼarchitecture, de lʼurbanisme lʼhistoire et des théories de lʼart, de la muséologie, de la philosophie et de lʼesthétique, de la sémiologie, de la sociologie et de lʼanthropologie.
Le chercheur intéressé pourra sʼinspirer de cette liste (non-exhaustive) dʼaxes thématiques et de problématiques :
Perceptions de lʼenvironnement aérien et phénomènes urbains
L'interprétation visuelle et sensorielle de l'atmosphère
L'imaginaire du ciel dans lʼhistoire de lʼart et le discours esthétique
La dimension climatique dans le Land Art et les pratiques écologiques
La photographie et les explosions atomiques
Lʼanthropologie sensorielle et lʼhistoire des affects liés aux questions climatiques
Lʼinterprétation contemporaine du sublime
La question artistique de l'air, le corps et le fantasme de pureté de la société
contemporaine
La sensibilisation artistique de l'opinion publique face aux changements climatiques
Les enjeux des représentations médiatiques
La mise en exposition de lʼair et les procédés dʼimmersion
Lʼair comme matériau artistique : la remise en question de lʼopticalité et la
polysensorialité dans lʼart contemporain et lʼarchitecture
La transformation artificielle du climat
Comité organisateur :
Florence Chantoury-Lacombe (Post-doctorante - Université de Montréal)
Katrie Chagnon (Doctorante - Université de Montréal)
Le comité scientifique est composé de trois professeurs du département dʼhistoire de lʼart et dʼétudes cinématographiques de lʼUniversité de Montréal : Christine Bernier, Johanne Lamoureux et Olivier Asselin
Merci de faire parvenir aux organisatrices un résumé, en français ou en anglais (entre 300 et 500 mots) avant le 10/12/2009, accompagné d'une notice biographique.