Compte-rendu par Valérie Cools, PhD Humanities, Université Concordia, Montréal
Cette collection d’articles vise à explorer les multiples facettes de ce que nous appelons l’imaginaire, à travers les différentes manières dont ce dernier est représenté et pensé, ainsi que les modèles selon lesquels il s’organise et agit. Étant donné que cet ouvrage se veut une composition hétérogène, visant à mettre en valeur la grande diversité des recherches sur l’imaginaire, il est difficile de le résumer de manière à la fois complète et succincte. Comme l’écrivent les directeurs : « Ce livre tient [...] d’un double pari, celui de laisser s’exprimer l’importante variété des recherches sur et autour de l’imaginaire, et de réunir en un seul lieu des voix que peu de choses semblent réunir » (p. 12).
L’ouvrage se divise en quatre parties. La première, intitulée « Figures du savoir », traite des différentes manières dont l’imaginaire et la connaissance sont liés. Ainsi, J.-M. Schaeffer examine la fonction cognitive de l’imagination (qu’il décrit comme une fonction endotélique d’homéostasie, à savoir qu’elle a pour but de réguler l’auto-représentation du « moi-même »), tandis que N. Xanthos étudie l’imaginaire de la théorie à travers la pensée de Wittgenstein, Kuhn et Charles. D’autres textes traitent plus concrètement de la manière dont l’imaginaire forme la pensée : T. Hentsch démontre que le récit évangélique constitue la racine de la quête de la vérité qui caractérise l’Occident, et A. Bélanger étudie la meraviglia (la merveille) en tant que mode de connaissance au cours de la Renaissance italienne. Deux des textes traitent explicitement des figures : F. Wunenburger écrit sur le rôle de l’image en philosophie, en s’attardant sur les personnages conceptuels, et démontre que toute pensée renvoie à une mythologie et est déterminée par une image qui lui est immanente ; F. Cardinal, quant à lui, étudie la figure de l’idiot et trace son évolution en passant par Descartes, Dostoïevski et Deleuze, concluant que cette figure aboutit à un autre concept du moi.
La deuxième partie s’intitule « L’ordre du monde » et concerne l’organisation des conceptions du monde, qu’il s’agisse du point de vue de l’espace, de la temporalité ou de l’homme. J. Leenhardt se penche sur l’imaginaire du jardin, en tant que métaphore et reflet de notre rapport à nous-mêmes et à la nature. P. Breton explore la naissance d’une nouvelle représentation de l’homme comme un être communicant « sans intérieur », vision qui découle notamment de la cybernétique. P. Walter étudie le calendrier religieux comme lieu de l’imaginaire de la fin, à travers les notions associées au solstice et à l’équinoxe, ainsi qu’aux saints Jean le Baptiste et Jean l’Évangéliste. J.M. Barcelo, quant à lui, présente un poème de Ibn ‘Abdoun de Évora, et y problématise la présence du concept du Destin comme mécanisme de cohésion sociale. Enfin, B. Andrès écrit sur l’utopie ou le non-lieu de l’imaginaire, à travers un récit de voyage datant du XVIIIe siècle.
La troisième partie, « Fictions et identités », concerne le rôle des personnages et des auteurs dans l’imaginaire. R. Saint-Gelais présente l’univers transfictionnel de Sherlock Holmes tel que recréé par les lecteurs (c’est-à-dire le travail des lecteurs pour maintenir la cohérence de cet univers au fil des différentes œuvres). J. Bénard analyse l’imaginaire médical célinien, plus spécifiquement l’imaginaire lié à la mort et à l’accouchement. R. Bouvet étudie les écrits de l’exploratrice Isabelle Eberhardt, et montre que la figure de la « bonne nomade » tend à dominer les analyses de ces derniers. Finalement, R. Randall explore l’imaginaire du plagiat et problématise ce dernier par rapport à la logique cartésienne.
Enfin, la quatrième partie, intitulée « Imaginaire et poétique », comporte des applications de théories d’analyses de l’imaginaire sur des corpus précis. Ainsi, A.-É- Cliche présente une étude sur la figure du fou et de l’ange par rapport à l’imaginaire du miroir et l’imaginaire comme événement. A. Cazé, quant à lui, remet en question le discours théorique et explore la possibilité de théoriser par la poésie, à travers le cas de McCaffery. C. Grivel analyse l’œuvre pluridisciplinaire de Moholy-Nagy en insistant sur la pensée par l’image. Enfin, V. Jouve applique à un extrait de Proust une méthodologie qui permettrait de préserver le ludisme et la subjectivité et de concilier le « texte à lire » et le « texte du lecteur » par l’imaginaire.
Bien que chaque article explore une direction différente, une grande partie de ces textes se préoccupe de la manière de penser l’imaginaire de manière efficace et fructueuse, mais sans le trahir. Ainsi, particulièrement dans les première, deuxième et quatrième parties, les auteurs étudient l’imaginaire en lui appliquant justement une pensée par l’image, que ce soit par le biais de figures ou d’autres types de modèles métaphoriques ou symboliques (tels que le jardin ou le calendrier).