Le mythe, un intervalle du monde

 

Savoir des « chansons pour les sirènes » c’est faire taire les autres voix. Pour triompher, le mythe ne s’offre jamais directement au savoir, mais éveille le désir d’entendre, ainsi créant des temples dans l’ouïe… (Apollinaire, Rilke, Brunel).

 

Ranger le mythe dans une perspective diachronique serait reconnaître tôt ou tard l’impasse de l’entreprise. La mythité du mythe (qui mène à une distinction entre ce qui est mythe et ce qui ne l’est pas) se laisse difficilement appréhender depuis une perspective historique. On perd aisément la trace du mythe dans la nuit des temps ou dans celle du non-écrit (Brunel). C’est plutôt en termes avant-gardistes que nous aimerions évaluer le mythe en plaidant pour sa projection dans un avenir à conquérir (Breton). Ainsi, nous questionnerons le mythe comme art caché dans les profondeurs de la nature (Kant) dont le pouvoir est celui de la nuit porté au centre de la lumière (Blanchot). La figure, outil à la faveur de l’imaginaire est en mesure de révéler ce pouvoir et d’assurer la circulation du sens entre muthos et logos, dans un espace vu comme intervalle, libérateur de la dichotomie et de la hiérarchie qui place le logos au sommet. Il s’agit, d’une part, de mettre à l’épreuve l’efficacité figurale propre au muthos dans l’illustration des concepts qui naissent de lui et, de l’autre, il s’agit de comprendre comment les concepts illuminent et dynamisent à leur tour les figures mythiques. Pour ce faire, il faut s’éloigner d’une étude intrinsèque du support artistique qui véhicule le mythe : le littéraire, le pictural, la musique, la cybernétique, etc. Il ne s’agit pas de restituer les particularités de ces supports ou la façon dans laquelle les divers mythes qui s’y voient récupérés les structurent. Il faut chercher la correspondance entre le mythe et la pensée à travers les figures vues depuis l’intervalle. Dans cette démarche, nous admettons que le mythe se comprend à l’échelle de l’engagement qu’il produit en nous (Gusdorf), qu’il continuera àproduire en nous. Finalement, bien que le mythe renvoie sine qua non au commencement, la question centrale de cette analyse est « Que puis-je espérer ? » (Kant). Le mythe comme intervalle prolonge-t-il l’ordre de l’espoir ?

 

Sillons de l’analyse :

  • Vivacité des concepts intrinsèques du mythe : le Sacré, la Transcendance, la Reprise, la Répétition.
  • Vérité du mythe comme effet de signification. Création des mythes, création de son propre mythe. Du mythe au mythe-making.
  • Les mythologies et le contemporain, les mythologies du contemporain. Du présent vers l’avenir.
  • Mythe et angoisse. Les figures mythiques sont-elles en mesure de rendre familier l’Unheimliche ?
  • Mythes et idéologies. Le mythe est-il toujours idéologique ?
  • Errances et voyages du mythe. Fabrication du mythe à travers la traduction.

 

Les propositions de communications (environs 250-300 mots) devront être envoyées à Mirella Vadean mavadean@alcor.concordia.ca avant 1er mai 2010.

 

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